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CARNETS D'ARTISTES | CONCEPTION ET PHOTOGRAPHIES DE ALINE KÜNDIG | TEXTES DE FREDERIC ELKAÏM

Depuis l’atelier de Sylvie Wozniak, au cœur même de l’Usine Kugler, nous allons nous poser au pied de l’immense ”Cheminée Nord”, témoignant du passé industriel de cet espace alternatif désormais géré par trois cent créateurs. Peintre de figures et particulièrement de portraits grand format, Sylvie est une plasticienne qui occupe l’espace avec des installations poétiques, expressives. Elle pratique la peinture comme une dignité de l’âme, rebondissant sur des siècles de pratique picturale pour jouer à saute-mouton sur les principes académiques. Les carnets, elle les utilise depuis toujours, ils constituent un fil rouge entre le moment où elle ne montrait rien et le moment où elle commence à présenter des œuvres hors d’échelle. « J’y ai souvent et beaucoup écrit sur les choses qui me turlupinaient, sur la raison de l’art, sur la guerre cognitive, sur les événements, sur les personnes ». Et puis évidemment elle a dessiné, croqué, commencé à représenter ce qui parfois allait devenir un tableau, ou le détail d’un tableau. Mais aussi toutes sortes de parties du corps, un peu dans l’esprit du dessin ancien, avec des gammes anatomiques qui pouvaient être ensuite reproduites. En ce moment elle fait surtout des mains, mais demain ça pourrait être des plis ou des cheveux. Le carnet chez Sylvie, c’est comme l’arrière-cour de sa création, c’est rassurant de savoir qu’il y a un sas entre sa pensée et la réalisation d’une exposition. Elle sait qu’ils sont là, les prémisses d’une idée, les croquis préparatoires. Souvent elle consulte ses carnets de manière totalement aléatoire : trois ans sans ouvrir un seul carnet et puis deux ans en les ouvrant tous les jours. Cette consultation plus émotionnelle ou « sensitive » que rationnelle, est l’une des fibres de sa création, car elle aime passer d’une idée à l’autre sans contrainte, mêler les types de recherches, les réalisations techniques avec les questionnements profonds. Le carnet, après tout, n’est pour Sylvie Wozniak, qu’une sorte de miroir qu’elle se tend à elle-même. Les notes prises dans le carnet par rapport à celles que l’on rédige sur un ordinateur ont une corporéité, une singularité beaucoup plus personnelle. Sylvie aime aussi le carnet dans sa dimension d’objet chaleureux, elle a un plaisir sensuel à en tourner les pages, à le sentir entre ses mains et même olfactivement. Elle aime leur liberté faite de ruptures, mélange de dessins aboutis avec des croquis très mal faits, ou juste des annotations graphiques. Il y a aussi différents types de supports et d’intentions : le carnet « bien tenu », montrable, les projets concrets, et puis les carnets de réflexion, de préparation, où l’on peut juste visualiser en tout petit ce qui deviendra grand. Il y a aussi une dimension méditative : regarder la trace qui passe, le temps qui se déroule, un cheminement un peu flou mais qui finalement prend son sens après coup. Quand le carnet est trop beau, l’artiste se sent un peu bloquée, elle préfère un peu de tout, du moche, du beau, du précieux, du trivial. Il y a tout de même une attirance pour les carnets trouvés lors de sa résidence en Chine, le papier de riz est exceptionnel. Et aussi pour les carnets plus foutraques qu’elle fabrique elle-même, ce qui permet au processus de création de s’élargie au support, exactement le genre de recherches qu’elle aime mener dans son atelier. Au fond, si ces carnets sont si précieux, c’est que « ça a existé ». Tout ce qui existe peut avoir une continuité. « Ce sont les aspects les plus secrets et les moins regardés de mon travail ». 

Frédéric Elkaïm, pour Carnets d'artistes de Aline Kündig (conception et photographies), 2026

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Crédit photo ©Aline Kündig

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Crédit photo ©Aline Kündig

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Crédit photo ©Aline Kündig

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